Quand l'ennui mène au surmenage des équipes
Le paradoxe de la sous-stimulation
Dans une résidence typique, les journées de l'équipe soignante sont chargées : entre les repas, l'aide à l'hygiène personnelle, la médication, les transferts et la documentation, il reste peu de temps pour souffler. Dans ce contexte, un résident agité ou qui refuse les soins peut transformer un horaire déjà serré en horaire intenable.
Au cœur de cette course contre la montre se trouve une réalité bien différente pour les résidents : celle de l'ennui. Des études ont d'ailleurs démontré que ce qu'on appelle souvent un « comportement difficile » est en fait une façon de communiquer un besoin non satisfait, y compris le besoin de stimulation.
Comment l'ennui se transforme en agitation
Ce type de besoin non satisfait s'annonce rarement comme une crise. Des recherches menées auprès de personnes présentant des troubles neurocognitifs avancés établissent un lien entre l'ennui, la sous-stimulation et une catégorie précise de comportements : « l'agitation physique non agressive », qui comprend les déplacements incessants, l'agitation motrice, les mouvements répétitifs et le fait d'errer dans les couloirs sans but précis. Aucun de ces comportements n'est alarmant en tant que tel¹. Cependant, chacun d'eux détourne l'attention d'un membre de l'équipe soignante pour rediriger, superviser ou simplement assurer la sécurité d'un résident. Multipliez cela par une douzaine de résidents sur un même étage, et un horaire conçu pour les soins courants commence à absorber du temps imprévu pour compenser cette agitation.
Pour les résidents, cela veut aussi dire une journée difficile : après tout, l'engagement, le plaisir et le fait d'avoir quelque chose à faire sont des besoins humains fondamentaux qui restent non comblés. À mesure que les troubles neurocognitifs progressent, il devient de plus en plus difficile pour les résidents d'identifier et d'exprimer ce besoin de stimulation.
Comment l'agitation mène au roulement de personnel
C'est aussi à ce moment que le paradoxe se transforme en un cycle. Quand la stimulation manque, l'agitation augmente. Les soins prennent plus de temps. Il reste encore moins de temps au personnel pour offrir le type d'engagement qui aurait pu prévenir la situation dès le départ. En raison du roulement de personnel, les résidents se retrouvent entourés de gens qui les connaissent moins bien et qui sont moins outillés pour anticiper leurs besoins particuliers.
Heureusement, il est possible d'inverser cette tendance. Cela profite autant aux résidents qu'au personnel et à l'établissement : répondre au besoin de stimulation fait diminuer l'agitation, ce qui libère du temps pour le personnel, ce qui renforce la confiance et le moral, ce qui aide à garder les bons employés en poste. Moins de départs signifie moins de dépenses en recrutement, et plus de temps consacré aux soins eux-mêmes.
À quoi cela ressemble, sans alourdir la charge de votre équipe
Un bon point de départ consiste à chercher des outils de stimulation conçus spécifiquement pour les aînés vivant avec des troubles neurocognitifs. Une activité pensée pour les aînés puise dans ce qu'ils savent encore et favorise la réminiscence : par exemple, des lieux familiers ou des activités qui leur rappellent leur jeunesse.
Chez Eugeria, cela fait partie des critères de sélection essentiels qui déterminent si nous choisissons d'offrir un produit ou non. Pour réussir ce test, un produit doit être de bonne qualité, c'est-à-dire conçu pour durer et sécuritaire à utiliser en milieu de soins. Les effets du produit, particulièrement chez les aînés vivant avec des troubles neurocognitifs, doivent être appuyés par la science. Le produit doit aussi être utile au personnel soignant, de façon à alléger sa charge de travail plutôt que de l'augmenter. Enfin, il doit être digne et valorisant, par exemple en proposant des images adaptées aux adultes.
Voici quelques solutions soigneusement sélectionnées pour lesquelles nos clients ont rapporté des résultats positifs dans la lutte contre l'apathie :
- Un projecteur interactif, la Tovertafel, transforme n'importe quelle surface en table de jeu que les résidents et leurs proches peuvent activer eux-mêmes. Fixé au plafond, il ne demande aucune installation supplémentaire. Une étude de deux mois menée auprès de 25 résidents utilisant la Tovertafel a révélé une baisse mesurable de l'apathie, ainsi qu'une participation plus visible³.
- Pour les résidents qui trouvent une activité de groupe trop exigeante certains jours, un contenu au rythme volontairement adapté à la perte de mémoire — comme Memory Lane TV — offre une façon plus douce de rester engagé pendant cette période de fin d'après-midi. Il se diffuse par l'entremise de technologies courantes, dont Apple TV et Roku. Contrairement à la télévision habituelle, il n'y a pas d'intrigue à suivre, et le rythme est adapté pour rejoindre les résidents là où ils en sont sur le plan cognitif.
- La réalité virtuelle représente une autre excellente option pour offrir de véritables moments de stimulation, de relaxation et d'évasion. Le système Lumeen permet même des séances de groupe où une seule tablette contrôle plusieurs casques.
Conclusion
Dès qu'on commence à considérer l'agitation comme un symptôme possible de la sous-stimulation, la solution n'a pas besoin d'être radicale. En fait, les changements positifs s'accumulent petit à petit et se traduisent par des résultats de plus en plus visibles. Un seul outil bien choisi, essayé sur un étage, suffit souvent à faire basculer doucement le paradoxe dans la bonne direction : des résidents plus calmes, une charge de travail allégée, et une équipe dont les membres disposent d'un peu plus de temps à consacrer à la raison même pour laquelle ils ont choisi ce métier.
Bibliographie
- Cohen-Mansfield, J., Dakheel-Ali, M., Marx, M. S., Thein, K., & Regier, N. G. (2015). Which unmet needs contribute to behavior problems in persons with advanced dementia? Psychiatry Research, 228(1), 59–64. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2015.03.043
- Kolanowski, A., Litaker, M., Buettner, L., Moeller, J., & Costa, P. T. (2011). A randomized clinical trial of theory-based activities for the behavioral symptoms of dementia in nursing home residents. Journal of the American Geriatrics Society, 59(6), 1032–1041. https://doi.org/10.1111/j.1532-5415.2011.03449.x
- Konrad, R., Güttler, C., Öhl, N., Heidl, C., Scholz, S., & Bauer, C. (2024). Effects of the Tovertafel® on apathy, social interaction and social activity of people with dementia in long-term inpatient care: results of a non-controlled within-subject-design study. Frontiers in Neurology, 15, 1455185. https://doi.org/10.3389/fneur.2024.1455185

